19 février 2007

C'est carnaval!

Le carnaval péruvien vaut le détour... En tout cas, dans la sierra, il y a de quoi s'amuser.
Pour commencer il dure environ un mois (un peu plus, un peu moins, ça dépend de chacun...). Durant un mois donc, de fin janvier jusqu'au dernier week end de février (si je ne me trompe pas...), les enfants (et adolescents, voire même grands enfants), qui sont en vacances scolaires fêtent le carnaval, c'est à dire, font des batailles d'eau dans la rue
. En théorie, ils se contentent de se viser entre eux, mais souvent, comme ils se lassent d'avoir les mêmes cibles toute l'après-midi, ils se rabattent sur un peu tout ce qui passe. Bien sûr, les filles (qui font des cris bien plus rigolos que les garçon quand on les mouille et qui ont moins de muscles pour se venger après) sont des cibles de choix. Au point qu'en sortant du travail dans la soirée, les filles de l'association organisent des convois où il doit nécessairement y avoir un mec, qui sert de garde prétorienne. Ça ne repousse pas tous les "globos" (bombes à eau), mais ça rassure. La cible ultime, je pense, c'est la gringa. De sexe féminin, teint pâle, cheveux et yeux clairs, bref... pas du coin. Les jeunes s'en donnent à coeur joie.
Il existe pourtant plusieurs variantes à la cible traditionnelle qui marche dans la rue. La plus rép
endue est probablement le tête en l'air qui a oublié de fermer la fenêtre de son taxi, de sa voiture ou de son "combi" (mini bus de transport en commun, ou on sent vraiment ce que veut dire transport en "commun": on partage tout). Il est vrai que quand c'est carnaval, il vaut mieux surveiller ses arrières et supporter en silence l'étouffante chaleur (et à l'occasion, les odeurs) du combi sans rechigner, ou se condamner à recevoir un globo bien placé. Jusqu'ici tout va bien, ce sont les aleas de la vie entre le mois de janvier et celui de février, recevoir un globo (arme pourtant interdite dans la rue depuis un arrêté recent), ça arrive, et on en fait pas tout un fromage...
Vient après le carnaval, le vrai, celui qui a une date prévue, fixe, oragnisée, un dimanche, pour finir en beauté... et tout comme
nce à dégénérer. Pour vraiment passer un bon carnaval, il est conseillé d'aller dans les villes et villages autour de Cusco, où le carnaval est vraiment fou... A Pisaq par exemple, pour un dimanche de carnaval, a été organisé un concours de danses tradtionnelles (certaines assez étranges, ou les hommes se battent pour une femme tout en dansant et sont éliminés tour à tour pour ne laisser que le couple final).
Après une heure d'attention complète du public, les enfants commencent à s'ennuyer... Et un petit péruvien qui s'ennuie pendant le carnaval a un réflexe: chercher ses ballons de baudruche et un robinet, et préparer gentiment ses bombes à eau. Il les recueille toutes dans un sceau et se dirige fièrement jusqu'à la plaza de armas ou toute la population de la vallée est réunie et attend. Certains sont plus entreprennants que d'autres et n'attendent pas. Il commencent alègrement à bombarder leurs semblables, jusqu'à ce que les bombes se trompent de cible et que la moitié des gens sur la place soit prise à partie et se mette à répliquer.
Les globos sont interdits sur la voie publique depuis quelques années en raison des accidents qu'ils ont provoqués, des chutes graves, des enfants traversant les rues sans regarder... Mais à Pisaq, il n'y a quasiment aucun risque (il y a environ trois rues, dont deux piétonnes...), et comme la majorité des personnes présentes se prennent au jeux (gringos compris), il est difficile pour la police de faire respecter cette nouvelle loi.
Ce dont il faut se méfier dans la vallée sacré, c'est du temps. Il fait beau et chaud pendant toute une moitié de journée et, soudainement en milieu d'après midi, les nuages arrivent, l'air se rafraichit, et on se sent de plus en plus stupide d'avoir oublié les vêtements de rechange... et pour un peu qu'un orage éclate...

Le carnaval en soi, c'est plutôt drôle donc, mais il y des petits malins qui, dans leurs bombes à eau, ajoutent farines, peintures, et autres produits qu'il ne fait pas bon recevoir sur ses habits. Il s'avèrent même que les bombes de mousse blanche qui sont en vente pendant la période produise des alergies lors du contact avec la peau. Contact qui est inévitable dans le feu de l'action: on réfléchit rarement à où l'on projète la mousse en question. Il est donc bon de préparer son carnaval avant de foncer les yeux baissés... Des sacs en plastique pour l'argent, l'appareil photo et un nécessaire d'habits de rechange... Mieux encore, une combinaison de plongée... Mais ce n'est pas très pratique.

Le carnaval serait également (selon mes sources) le moment privilégié, à la campagne, pour la parade d'amour des jeunes gens, ou plutôt la conquête par le jeune homme de sa futur épouse. (C'est vrai qu'on essaie de garder les filles à la maison tout le reste de l'année, alors ils se lâchent à se moment là...). Il est bon à savoir, pour une jeune fille en fleur, que si un jeune homme l'approche, joue, danse ou lui lanse de l'eau pendant le carnaval, c'est qu'il a quelque chose derrière la tête. Mais le signal, qu'il faut connaître, c'est quand il lui vole un habit (une veste, une écharpe ou quoi que se soit) et qu'il va le cacher dans un endroit secret... Si la jeune fille veut récupérer son vêtement, elle doit être consciente que c'est accepter de perdre sa virginité dans les champs et donc (relation de cause à effet quasiment incontournable...) s'engager pour le mariage. Si la tête du jeune homme ne lui revient pas, la règle est d'abandonner ce qu'on lui a volé... Quite à finir peu vêtue...


14 février 2007

San Valentin, jour de l'amitié et des amoureux.

La St Valentin, au Pérou, est une fête plutôt populaire...
Fêtée entre les couples, les groupes d'amis, les entreprises, la coutume de montrer une attention particulière aux personnes que l'on cotoie est assez forte. Comme ailleurs, les fleurs sont les premiers cadeaux choisis. Les couples sortent parfois au restaurant... Mais il est aussi répandu de sortir fêter le jour le l'amitié entre amis, boire un verre, aller danser dans une des nombreuses discothèques... Les radios font toutes une programation de chansons d'amour, salsa, meringue, traditionnelles péruviennes, reggaeton... Mais comme souvent au Pérou, c'est l'occasion de se réunir dans les entreprises (en tout cas, c'est ce qui s'est produit dans mon association... ). Rendez vous fixé par la direction pour boire un café, un maté avec des gâteaux secs, du pain, et se laisser le temps de discuter. Coutume latino oblige, au travail, les garçons et les filles se chambrent sur leur amourettes, leurs sorties, leur mariage...

C'est assez étonnant de voir cette fête prendre une importance telle au travail...

05 février 2007

Tourisme: Je t'aime moi non plus

Cusco comme je l'ai déjà dit, c'est trèèèèèès joli... Alors, comme souvent, c'est trèèèèèès touristique...
C'est l'endroit idéal pour les fous de trekking: les montagnes vertes, les cultures en terrasses, le mythique chemin de l'inca, la jungle, l'altitude (challenge de plus...).
C'est aussi l'endroit idéal pour les pationnés d'histoire et d'architecture: entre les églises coloniales les ruelles blanches, les tuiles oranges, les ruines incas, le Machu Picchu, clou du spectacle...
C'est également un lieu de mysticisme profond: vénération de la Pachamama ("Terre mère" pour les néophytes), chamanisme, substances qui vous font comprendre la vie, l'univers et le reste, réflexions sur le monde, son occidentalisation, la mondialisation, le retour à la terre, aux cultures ancestrales... Et j'en passe.

La vue de mon nouveau chez moi...

Bref, tout le monde s'y retrouve et finit par acheter le même pantalon néobabacool et le même pull en alpaca. Et tout le monde est content.

Mais l'industrie du tourisme ne fait pas que du bien à Cusco, aux cusqueños et même aux touristes. Bien sûr, le tourisme entraine des rentrées d'argents importantes, crée de l'emploi et met en valeur un patrimoine particulièrment riche (enfin, ce n'est pas toujours bien fait). Il permet à Cusco, une ville très fermée sur sa culture andine, quechua, et ses particularismes ethniques de s'ouvrir un peu plus au monde et à ce qui s'y passe. Cependant, on est en droit de s'interroger sur les effets négatifs du tourisme quand le business en devient à se point poussé au maximum.
Les enfants qui travaillent dans la rue sont de plus en plus sujets à répression policière et on leur interdit même la présence sur la grande plaza de armas, sous prétexe qu'ils gènent les touristes. Bien sûr, ils ont parfois des méthodes assez peu orthodoxes pour vendre leurs services de lustrabotas (cireurs de chaussures qui parfois vous propose presque de cirer vos tongues pour qu'elles ne laissent plus entrer l'eau...), cartes postales, bonnets péruviens et autres cigarettes, faisant beaucoup appel à la pitié ou en forçant tellement la vente que beaucoup craquent pour qu'on les laisse tranquille. Mais le travail des enfants dans la rue, ici, n'a pas la même image que celle très répendue chez les occidentaux d'exploitation de l'enfant, alors qu'on est dans un schéma bien plus complexe. Le travail des enfants en général est même vital. Les enfants aident très souvent leurs parents dans les magasins, pour les récoltes etc... et c'est nécessaire pour la survie du commerce familial. Ainsi la police réprime le travail des enfants dans la rue, pour que Cusco ait une image de ville "propre"...
D'un autre côté, le centre de Cusco devient de plus en plus cher: on vous parle en dolars, en anglais, en "menu turistico", en artisanat, en auberges, hotels... et les beaux quartiers sont envahis de touristes et les péruviens les désertent, devenus trop cher...
Quasiment les seuls péruviens qui y persistent sont ceux qui y travaillent, qui racolent... A l'entrée des nombreux restaurants, des salons de massages, des discothèques, des bars, des galeries d'artisanat... Tout est permis pour faire rentrer le touriste, et si ça marche, le pourboire est offert.
Le pire probablement, ce sont toutes ces personnes qui s'habillent de leur plus beau costume traditionnel, qui amènent en ville leur plus beau llama, leur plus beau chevreau, leur plus beau chiot, leur plus bel enfant aux joues bien roses (si vous arrivez à coupler tous ces facteurs, c'est la cerise sur le gâteau...) et qui parcourent les ruelles, les entrées de musées, d'églises proposant qu'on les prenne en photo en échange d'une "propina" (=pourboire, mot essentiel par ici).















Sur la photo: deux péruviennes qui faisaient des aller-retours dans les escaliers menant a Sacsayhuaman (des ruines incas), pour se faire photographier... et recupérer une propina.

Alors voila, Cusco, c'est joli, c'est typique, mais c'est pesant... La pauvreté se voit à chaque coin de rue (sauf sur la plaza de armas quand un policier rejette les mandiants et les travailleurs de rue par un coup de sifflet) et à côté, fleurissent les restaurants chics, les boutiques de bijoux et d'artisanat pour riches...
Il doit y avoir un moyen de faire du tourisme quelque chose de bon, et simplement bon, non?