Valparaiso - Mendoza en stop:
L'unique voyage que j'ai réellement fait au Chili en stop, jusqu'à présent, aura été un aller-retour à Mendoza, la première grande ville d'Argentine après le passage d
es Andes au niveau de Portillo. Je ne peux donc pas donner de conseils très originaux ni faire étalage de ma grande expérience en la matière... néanmoins, j'en ai retiré quelques petites choses à dire, auxquelles on peut trouver un minimum d'intérêt.Le stop au Chili fonctionne très bien, en particulier pour les trajets nord-sud, sur la panaméricaine. Il y a des voitures de tourisme, mais encore assez peu... ça se développe tranquillement: les gens voyagent plus facilement en bus étant donné qu'avoir sa voiture n'est pas forcément à la portée de tout le monde et que le réseau de transport par bus est très développé. Il est donc beaucoup plus courant de se faire prendre en stop par un camion.

En ce qui concerne le passage des Andes entre Los Andes (dernière vraie ville avant la montagne et la frontière argentine) et Mendoza, le fret par camion est le seul utilisé. Il y a bien eu un train, fût un temps, mais il a été vite abandonné et sert plus, à présent, de curiosité dans le paysage . Il est d'ailleurs très facile, arrivé à Los Andes, de trouver un camioneur compréhensif qui vous amène à destination. Tous les camions qui sortent de la ville traversent nécessairement la frontière et vont dans 99% des cas jusqu'à Mendoza (enfin sans exagérer, il y a peu de chance de se faire arrêter en cours de route dans un coin paumé).
Le paysage du côté chilien est verdoyant durant plusieurs kilomètres: on passe des plantations d'avocats à perte de vue aux vignes, puis aux rivières de montagne, et tout d'un coup, sans crier gare, le paysage devient plus aride. C'est à se moment là qu'on prend conscience du fait que la route grimpait... Juste avant la frontière, il y a quelques 29 courbes en épingle à passer avant le col et le poste frontière chilien.
C'est le moment des papiers... Le camioneur doit vous déclarer comme passager pour que vous puissiez traverser, ça prend un peu de temps, mais c'est toujours instructif et le temps de pause permet de se dégourdir les jambes, pour peu que vous ayez mis trois fois plus de temps que la normale pour passer les 29 courbes, avec un camion très chargé...

Ces 29 courbes, elles ont une sale réputation. En hiver, les camioneurs peuvent y rester coincé, et naturellement, il y a énormément d'accidents dans la descente. Si votre camioneur dépasse les 12 km/h, songez à prier ou plutôt prenez vos affaires et sautez... Pour arrêter un 35 tonnes lancé dans la pente, il faut des freins de 747. Alors voilà, les brésiliens, qui ne sont pas habitués aux Andes et qui sont des flambeurs (selon les camioneurs chiliens), sont les spécialistes pour rater une courbe. On voit d'ailleurs sur la route beaucoup de petits autels improvisés pour un collègue mort au combat.
Discuter avec un camioneur vous en apprend beaucoup sur les réputations des différentes nationalités, les querelles intestines d'Amérique Latine et la réalité économique des voisins.
L'Argentin est craint, voir détesté: selon certains chiliens, il est orgueilleux, imbu de lui même, flambeur, séducteur... "mais maintenant, ce sont eux qui sont dans la panade et nous qui avons les belles voitures! na!" Mais un camioneur argentin m'a résumé en riant le pourquoi de cette jalousie rapidement: "c'est parce que nous, on a un bien meilleur niveau en foot, alors ils nous envient..."
Le paraguayen est le roi du recyclage. Si tu te fais voler ton camion, tu peux être sûr qu'il a été custumisé au Paraguay et qu'il va être revendu sous un autre nom... Mais les camioneur paraguyens, eux, roulent avec des tacos qui supportent mal la Cordillère.
Bref, il faut mettre le trajet à profit pour discuter et se rendre compte que l'Amérique latine est encore loin de l'unification, vus les nationalismes et chauvinismes qui y fleurissent...
Les plus proches voisins sont en général les pires ennemis.Mais il faut aussi profiter du paysage...
Après la frontière chilienne, un tunnel conduit au poste frontière argentin. Longue route désertique au bord d'un fleuve rouge qui descend dans la vallé d'où on peut voir l'Aconcagua, le plus haut sommet des Andes, qui culmine à 6 959 mètres... Les camioneur se font un plaisir de jouer au guide en montrant les différents cerros et en racontant les légendes du coin. Uspallata est la première ville après la frontière, elle vit essentiellement autour des arrêts des camioneurs qui doivent y faire tous leurs papiers, déclaration et contrôle de cargaison... Un très bon endroit pour trouver un camion, en accostant les camioneurs à la sortie de la douane (comme ça on voit leur tête, on peut leur demander tranquillement où ils vont et vérifier s'ils sont pas brésiliens, quand on tient à sa vie...).
Et puis on arrive à Mendoza... qui au final n'a pas un intérêt si fou, mais qui peut servir de bon prétexte pour faire la belle traversée de la Cordillère, manger un gros steak argentin et découvrir l'univers des camioneurs (parfois excesivement kitch)...












