22 mai 2008

Deuxième partie :

Gestion partagée des déchets : la gouvernance au quotidien


Ce chapitre ne cherche pas à donner un inventaire exhaustif des pratiques en matière de gestion déchets au Burkina Faso. Cependant, il s’appuie sur des travaux très précis réalisés dans trois villes du pays, ce qui permet d’avoir une vision somme toute relativement fidèle à la réalité dans le domaine. Les exemples relevant des trois villes, Ouagadougou, Bobo-Dioulasso et Fada N’Gourma, sont volontairement tirés d’observations ponctuelles, sur des thèmes particuliers. En effet, l’objectif n’est pas de donner un détail de la gestion des déchets dans chacune des villes séparément, mais plutôt de bâtir une réflexion générale, illustrée par les exemples opportuns. Il s’agit donc de décrire une réalité générale, commune à ces trois centres urbains différents.



  1. Une gestion partagée, par la force des choses


Selon S. Jaglin, même si la gestion des déchets a furtivement été, par le passé, une tâche dévolue à des sociétés privées, celle-ci reste une « prérogative de la collectivité locale ». Pourtant, on constate de nos jours que ce service urbain fait l’objet d’un « partage » de compétences, de tâches et de financements entre une multitude d’acteurs. De fait, ce sont des partenariats qui se créent entre des acteurs sociaux, économiques et administratifs, et la Commune se voit dépossédée d’une part de ses prérogatives. Cependant, elle reste un acteur central de ce service urbain, toutefois en perte de vitesse.


  1. La gestion des déchets, une préoccupation quotidienne


La gestion des déchets est une préoccupation qui ne date pas d’hier. Depuis l’indépendance, les autorités publiques burkinabè ont mis en place une règlementation et des programmes de gestion des déchets, avec plus ou moins de succès. Cette préoccupation est devenue d’autant plus problématique que l’urbanisation au Burkina Faso a pris son essor. En effet, plus les villes sont peuplées, plus elles produisent de déchets, mais aussi plus vaste est le terrain à couvrir par une gestion efficace. Actuellement, la question des déchets est centrale dans les problématiques de la ville burkinabè.



  1. historique de la gestion des déchets


La règlementation

La réglementation élaborée par l’État en matière d’assainissement et de déchets est destinée en priorité aux usagers, qui se voient dictés ce qu’ils peuvent et ne peuvent pas faire. En effet, depuis longtemps, les administrateurs ont cherchés à changer les comportements de leurs administrés. Les habitants de Bobo-Dioulasso et Fada N’Gourma, par exemple, sont souvent issu de l’exode rural et l’on retrouve dans leur pratiques quotidiennes des habitudes du monde paysan que les administrateurs jugent ne pas s’accorder avec les mœurs de la ville… De plus, comme il été expliqué précédemment, les déchets sont une façon de différencier les espaces au sein de la ville et même ils servent parfois de moyen de protestation contre les autorités publiques. Aussi, la réglementation doit avoir pour effet de condamner les pratiques répréhensibles. Ainsi, plusieurs articles de loi ont été édictés pour changer ces comportements des citadins.

La liste de textes ci-dessous concerne Ouagadougou et est extraite du rapport du SHADYC-Marseille et du GRIL-Ouagadougou sur l’assainissement urbain et la gestion des déchets à Bobo-Dioulasso et Ouagadougou1 :


  • L’article 1 de l’arrêté 145 municipal du 25/03/1960 interdit aux populations urbaines le dépôt sur le domaine public des matières fécales et autres ordures, immondices et détritus.

  • Les articles 17 à 21 de l’arrêté municipal du 01/01/1963 indiquent les règles à suivre en matière de :

Evacuation des matières usées ;

Etablissement de cabinets d’aisance et de fosses septiques ;

Evacuation d’eaux sales et usées.

  • L’arrêté no 94 – 20/MAT/PRAD/HC/SG/DA/SAS a mis en place un comité provincial sur la salubrité et l’assainissement du Kadiogo. Son rôle est de :

Elaborer le programme de sensibilisation annuel sur l’assainissement

Rechercher et mobiliser les moyens d’action

Coordonner et contrôler toutes les activités du comité

Assurer la formation des membres des comités sectoriels des communes

  • L’arrêté municipal no 97/027/MATS/PKAD/CO prescrit l’hygiène, la salubrité dans la ville de Ouagadougou. Il oblige chaque citoyen à balayer sa devanture chaque matin avant 8 H. Son article 3 interdit formellement de jeter les ordures ménagères et les balayures des maisons, cours, chantiers, magasins ainsi que les immondices et les matières fécales sur la voie publique.


Ces textes permettent donc de définir des responsabilités pour les citadins quant à la salubrité de la ville. Cela ne signifie pas pour autant que les autorités publiques se dédouanent de toute intervention sur la voie publique. Cependant, ces textes réglementaires cherchent, par l’injonction et les sanctions potentielles, à changer les habitudes qui mettent à mal toute entreprise de propreté urbaine.

En effet, les discours des administrateurs municipaux montrent qu’ils ont une vision très négative des citadins, à l’image du maire de Bobo-Dioulasso qui dépeint un « stéréotype d’une population bobolaise, indisciplinée et incivique, qui ne respecte pas les règles de la vie en collectivité »2.

Pour autant, si les textes existent, leur contrôle, lui, n’existe presque pas. En effet, les moyens des municipalités sont insuffisants pour permettre une réelle mise en application des arrêtés municipaux. En outre, les sanctions potentielles seraient dérisoires dans bien des cas, sachant qu’il est facile, lorsqu’on à des contacts « hauts placés » de les passer sous silence3.

D’autres textes de loi, comme le Code de la Santé Publique burkinabè contiennent des dispositions sur les déchets et l’assainissement urbain. Cependant, l’ « insuffisance juridique » du pays condamne celui-ci à une simple profession de foi.


Une gestion des déchets lacunaire : l’exemple de Ouagadougou

Durant les années 1980 au Burkina Faso, la gestion des déchets urbains a pâti d’une « lisibilité institutionnelle insuffisante » et de « dotations trop médiocres », note S. Jaglin à propos de Ouagadougou. De plus ce service urbain est noyé dans les diverses compétences des « Voiries municipales », qui vont de la « vidange des équipements publics » à la « gestion des panneaux publicitaires et des pancartes » en passant par la « réparation des véhicules du parc provincial »4

Elle ajoute que la préoccupation des déchets n’atteint pas les Ouagalais qui boudent les cotisations en faveur des infrastructures nécessaires, alors qu’ils acceptent des financements similaires pour l’assainissement de l’eau.

Cependant, de la part des autorités publiques, on observe pendant la décennie quelques initiatives ponctuelles et « coup de poing » qui montrent la volonté de s’engager sur la question des déchets.


« Ainsi en 1985, devant l’impossibilité de discipliner les dépôts sauvages, le haut-commissariat propose de supprimer les poubelles publiques et collectives, à l’exception de celles des équipements publics (marchés, écoles, dispensaires…), d’interdire l’incinération des ordures dans la rue et de rendre obligatoire la poubelle familiale. ». S. Jaglin


On assiste également, pendant le régime révolutionnaire de Thomas Sankara, à des journées « commandos », qui sont en fait des « opérations ponctuelles de nettoyage initiés directement par la présidence », comme les « opération[s] Ville propre » devenues plus systématiques après le 4 août 1983. Il s’agit là de solliciter des habitants comme des entreprises pendant une durée très courte, la plupart du temps une journée, pour nettoyer de fond en combles les rues de la capitale burkinabè.


  1. De la cour à la décharge


La définition du déchet et pratiques quotidiennes

Les déchets ménagers sont produits dans la cour d’habitation, tout particulièrement par les femmes, qui sont responsables de la cuisine, de l’entretient de la cour etc. A Fada N’Gourma5, les ménages produisent la plupart des déchets solides de la ville que l’on peut diviser en trois catégories : les déchets fermente-cibles, que l’on peut utiliser pour le compost, les déchets combustibles (bois, plastique, cendre, papier…) et les ordures inertes (métaux, verre…). Cette classification relève d’une approche en termes de destruction et de recyclage, mais dans les pratiques quotidiennes, les familles n’ont pas le même rapport aux déchets :


« Les déchets peuvent encore être catégorisés selon qu’ils sont recyclables ou non (les feuilles, les eaux usées, le sang des règles et la poussière ne le sont pas), s’ils ont une valeur ou pas (la vidange des latrines et donc les excréments, les eaux usées, les plastiques, les épluchures de légumes et fruits sont considérés comme des déchets rentables), s’ils révulsent les sens ou pas (les déchets que l’on ne peut pas regarder, sentir ou toucher sans en ressentir un grand dégoût). » L. Albigès6


Le cycle de vie d’un déchet varie d’un matériau à l’autre. Malgré la définition économique du terme qui veut qu’un déchet ait une valeur « nulle ou négative pour son détenteur à un moment donné dans un lieu donné », certaines ordures ne répondent pas à cette logique. On peut vendre et acheter des déchets (L. Albigès).

Les déchets quotidiens ont des destinations différentes selon leur nature. Généralement, l’objectif est d’éloigner le déchet le plus possible de l’espace habitable (J. Bouju).


Le tableau ci-dessous est extrait du travail de L. Albigès sur Fada N’Gourma :

où vont les déchets solides et liquides…

Mode d’

évacuation

Déchets

Cour

Rue

[Tampuré7]

Caniveaux

Latrines

Plastique






Feuilles des arbres






Excréments d’animaux






Loques






Cendre & Poussière






Eaux usées






Sang menstruel






Urines






Excréments






Produit de vidanges







Le circuit théorique des déchets

A Ouagadougou, la mairie a mis en place deux types de gestion pour les déchets ménagers. L’objectif de ces deux gestions potentielles est que les déchets atteignent les décharges situées à l’extérieur de la ville. Ils supposent que les citadins se plient à des habitudes plus respectueuses de l’environnement urbain que les pratiques citées plus haut.

Le premier système de collecte des déchets repose sur une participation physique des ménages et un apport volontaire notable. En effet, il leur est demandé de rassembler leurs déchets domestiques et de les transporter jusqu’à des bacs à ordures8 mis à disposition par la municipalité et situés en moyenne à 250 mètres de la parcelle habitée. Lorsque les bacs sont pleins, des camions viennent ensuite les vider et transportent leur contenu à la décharge. Dans les zones résidentielles, la fréquence de la collecte est environ tous les deux trois jours. Cette méthode de ramassage des ordures concerne 85% de la capitale.

Le second système, que propose la maire de la capitale, est réservé aux citadins en mesure de payer un abonnement. Il s’agit d’un service de porte-à-porte : les ordures sont enlevées directement dans les domiciles des abonnés par la mairie à l’aide de bennes tasseuses et transférées aux décharges. Ce système est réservé aux secteurs du centre ville de Ouagadougou et correspondent à 5% des déchets ramassés par la voirie municipale.

A Fada N’Gourma, le trajet théorique des déchets mis en place par la commune est similaire au premier système de collecte ouagalais. Les déchets ménagers vont tout d’abord dans un bac puis dans une décharge.


  1. Une réalité qui ne répond pas aux attentes


Malgré le fait que la gestion des déchets soit classée parmi les priorités des institutions communales, concrètement, les résultats ne sont pas convaincants en matière de salubrité de la ville. En effet, les villes burkinabè restent sales et jonchées de déchets, notamment dans les quartiers populaires. La Commune, qui est chargée de l’entretien de la voirie, n’est effectivement pas en mesure de prendre en charge seule le problème. Face à cette faiblesse de la municipalité, la gestion des déchets devient donc une charge partagée entre de multiples acteurs.


  1. Les insuffisances de la Commune


Des manques de moyens systématiques

Les Communes décentralisées font face à des manques de moyens alarmants qui entravent la mise en place d’une gestion des déchets réellement efficiente. S. Jaglin note déjà en 1995 la « médiocrité des moyens matériels » mais aussi les financements très lacunaires de la Commune de Ouagadougou. En effet, « le service dépend de la modique dotation annuelle votée par la ville » qui ne suffit pas à entretenir ni à renouveler le matériel destiné à la collecte des déchets. La majorité des camions sont en panne, les bacs sont trop petits, les employés sont sous payés et se déchargent souvent d’effectuer la collecte de déchets pour s’adonner à des activités plus lucratives…

En effet, le constat est le même aujourd’hui, la Commune est condamnée à la diète budgétaire. L’impôt est la principale source de financement des autorités publiques et le Trésor Public de l’État est très peu alimenté du fait d’une « capacité contributive de l’ « économie populaire urbaine »9 très modeste.


« Aujourd’hui, dans les villes africaines, le taux de prélèvement public total n’excèderait pas 15% » (E. Le Bris 1999)


« Le principe de base dans le domaine de l’assainissement, c’est de compter sur la contribution de la population alors que cette dernière est en général frappée par un taux de pauvreté assez élevé, ce qui fait que les fonds ne rentrent pas dans les caisses communales. A titre d’exemple, nous avons une redevance pour les enlèvements des ordures ménagères et il n’y a que 25% des recettes qui rentrent. » (L’évènement, n° 14 juillet 2002 : 8-9 Bobo-Dioulasso10)

En outre, si les moyens financiers et matériels font défaut, il en est de même pour la qualification du personnel des services techniques municipaux.

A Bobo-Dioulasso, la direction des services techniques et municipaux (DSTM)11 est en charge de cinq services municipaux, dont celui de la voirie et de l’assainissement. C’est la DSTM qui est en charge du transport des ordures depuis le bac (poste de transfert), jusqu’à la décharge. Cependant, les camions-benne de la municipalité sont souvent en panne ou n’ont plus de carburant. De plus, il n’est pas rare que les chauffeurs les utilisent pour du transport de matériaux de construction, en échange d’une contribution financière.


De la « commune-providence » à l’ « attentisme et [la] passivité »12


Les citoyens ne changent pas leurs habitudes et attendent que la commune offre un service public de déchets adéquat. Cependant, les pratiques traditionnelles qui considèrent que la voie d’eau est le meilleur moyen de se débarrasser des ordures ménagères sont autant d’obstacles à la gestion des déchets. En effet, la responsabilisation des citadins quant aux comportements « inciviques » n’est pas acquise, et ces mêmes citadins attendent une « commune-providence » :


« Les devantures des concessions sont envahies d’herbes par endroits ; elles sont loin d’être assainies ; les eaux usées sont versées dans la rue, attendant la commune-providence pour améliorer le cadre de vie. Or l’action qui vise le développement n’est pas l’apanage des seuls administrateurs. Il appartient à tous, administrés et administrateurs de contribuer à l’essor économique de notre cité, à restaurer la renommée de Bobo-Dioulasso. » Alfred Sanou, ancien maire de la ville (PDSU, 1999 : 22)13.


A l’inverse, les administrateurs restent souvent passifs et se dédouanent d’être responsables de l’état d’insalubrité des rues. Ils accusent les usagers de ne pas prendre les mesures d’hygiène nécessaires et s’en remettent à la fois aux initiatives privées et aux organes de l’État pour élaborer des politiques de gestion des déchets.


« Les politiciens (élus communaux) ont une culture politique selon laquelle la mairie est positionnée comme « bénéficiaire » de programmes et d’interventions, tandis que les structures étatiques (comme l’ONEA ou les services déconcentrés de l’État) sont conçus comme « concepteurs » et « financeurs » de ces mêmes programmes. Ils semblent majoritairement se complaire dans ce rôle : il en résulte une attitude générale d’« attentisme » et de « passivité » du pouvoir communal par rapport aux enjeux et aux défis du moment. » N. responsable des services techniques communaux (enquête 200214)


On assiste à une attitude passive, aussi bien du côté des citoyens que des élus locaux, chacun cherchant un autre responsable aux déficiences du service de collecte.

Face à ces déficiences notables de la Commune dans la gestion des déchets, d’autres acteurs interviennent pour combler partiellement les manques et améliorer la salubrité de la ville.


  1. Un partage obligé et de la gestion, et du territoire


Les différents acteurs de la gestion

Les secteurs privé et associatif jouent un rôle de premier ordre dans la gestion des déchets à Ouagadougou. On dénombre en effet trente et une associations et entreprises privées qui prennent en charge la collecte, la valorisation des ordures et le nettoyage des rues. Les entreprises comme ECONFA, ENVIRO SERVICE ou les associations comme Lagem Yam ou Bao-manegré se déploient sur des secteurs particuliers de la ville et permettent de pallier aux déficiences de la gestion communale. De la même façon, à Bobo-Dioulasso, les services privés (APCF, SANIYA, SELG) couvrent 10% de la surface de la commune. Cependant, ces acteurs n’utilisent pas les mêmes méthodes de collecte.

Les associations par exemple utilisent essentiellement des techniques de collecte issues du secteur informel comme les charrettes tractées par des ânes, ce qui leur permet de circuler facilement dans des quartiers où la voirie est en mauvais état. Cependant, les associations ne s’occupent essentiellement que de la pré-collecte des déchets et n’atteignent pas les décharges périphériques. Elles permettent à des ménages d’éviter de se rendre aux bacs intermédiaires.

A Ouagadougou, les entreprises privées, quant à elles, utilisent des tracteurs munis de remorques. Elles s’occupent de faire du porte-à-porte et lorsque la remorque est pleine, elles se rendent aux décharges. En réalité, on observe souvent des conducteurs vider leurs remorques avant les décharges, dans des marigots ou sur des dépôts sauvages. Les décharges sont considérées trop lointaines et le voyage fastidieux, d’autant que cela consomme du carburant. A Bobo-Dioulasso, les entreprises privées s’occupent également de la collecte porte-à-porte avec des petits tracteurs ou avec des ânes qui tirent une remorque. Le service coûte 750 francs CFA par mois pour les particuliers.


On observe aussi se mettre en place des projets associant la Commune avec d’autres acteurs comme à Fada N’Gourma où un projet pilote de gestion des ordures ménagères à vu de jour au début des années 2000. Trois secteurs de la ville, de différents niveaux socioéconomiques ont été choisis pour tester le projet. L’EPDC15 a recruté des associations, suite à un appel d’offre, pour prendre en charge la collecte des déchets ménagers. Liées par contrat à l’EPDC, ces associations (majoritairement de femmes) ont été formées « non seulement aux techniques d’animation pour sensibiliser la population à l’hygiène dans ces secteurs mais aussi aux techniques de communication pour pouvoir aller elles-mêmes16 démarcher les familles » (L. Albigès). L’objectif était d’abonner des ménages à ce service de collecte. Des poubelles « modernes » sont disposées devant les parcelles des abonnés et deux fois par semaine, des équipes de femmes sont organisées pour collecter les ordures qu’elles entassent sur des charrettes à traction asine17. Le service coûte aux ménages cinq cent francs CFA par mois.

De la même façon, à Ouagadougou, l’association de femmes Lagem Yam s’occupe de la pré-collecte des déchets du secteur 10 de la ville. Le travail de cette association a été soutenu dans le cadre d’un projet de la Coopération Suisse et du programme UNESCO-MOST (Gestion des transformations sociales). Les femmes font également du porte-à-porte avec des charrettes tractées par des ânes. Elles s’occupent à la fois de la pré-collecte des déchets et de leur recyclage, ainsi que diverses activités d’assainissement. Cette activité donne aux femmes un revenu et leur permet une meilleure assise sociale. Leur situation actuelle est critique18 étant donné que la Banque Mondiale a décidé de privatiser le secteur et que leur centre de compostage a été fermé, les privant d’une part importante de leurs revenus…


La collecte et la pré-collecte des déchets dépendent donc de multiples acteurs. A Ouagadougou, l’évacuation des déchets est ainsi répartie entre trois grands secteurs : le secteur public reste majoritaire avec un taux d’évacuation des déchets de 33%, le secteur privé, lui, atteint 8% du ramassage d’ordures alors que le secteur associatif prend en charge 3% de l’évacuation des ordures. Au total, tout secteur confondu, seulement 55% des déchets (sur une production annuelle de 237 250 tonnes19) sont récoltés et acheminés vers des décharges…


Une meilleure collecte pour les plus riches

Le constat qui ressort de cette gestion quelque peu complexe des déchets, est que l’accès aux services urbain dépend de la situation spatiale et des ressources des ménages. En effet, qu’il soit communal, privé, associatif ou les trois à la fois, le service de collecte des ordures est « inégalitaire et sélectif » S. Jaglin.

En effet, mêmes si les associations ougalaises prennent en charge les secteurs périphériques de la ville, force est de constater que ce sont les quartiers les plus démunis qui n’ont pas accès à une collecte et une pré-collecte des déchets correcte. L’abonnement nécessaire à l’accès aux services, tant celui imposé par la commune que celui nécessaire à la rémunération des acteurs privés, est une barrière de plus pour les populations les plus pauvres.

Les différents secteurs de la ville peuvent être desservis de manière particulièrement inéquitable, certain, régulièrement, d’autres, deux à trois fois par an, d’autres encore, ne bénéficient d’aucun ramassage excepté les « opérations exceptionnelles de « toilettage » » (S. Jaglin).


Au-delà de ce constat qui fait des exclus économiques, des exclus des services urbains, la gestion des déchets telle qu’elle existe actuellement, soulève de nombreux problèmes, du fait de la multiplicité des acteurs, et de leurs stratégies parfois contradictoires.



  1. Multiplication des acteurs et illisibilité de l’action urbaine

    La multiplication des acteurs permet de pallier certaines déficiences du service public communal, mais en même temps, elle a des effets négatifs sur la gestion des déchets qui en devient anarchique. En effet, les acteurs répondent à des stratégies différentes dans le secteur, qui peuvent être source de conflictualité, mais ils sont aussi influencés par des pratiques et des conceptions différentes. Cette pluralité des normes dans l’action entraîne des décalages entre les acteurs, ce qui perturbe l’efficience de la gestion, qui ne répond généralement pas aux volontés inscrites dans les programmes.


  1. Rapports entre acteurs : des objectifs différents.


De multiples acteurs sont en charge de la gestion des déchets, et l’on remarque qu’il existe à la fois des formes de complémentarité dans leur action, mais aussi des logiques de confrontation. En effet, la gestion des déchets est un enjeu majeur, qui entraine les acteurs du secteur à élaborer des stratégies particulières.



  1. Une gestion souvent partagée mais pas toujours concertée


Des complémentarités institutionnelles.

L’intervention des acteurs privés et associatifs dans la gestion des déchets est parfois demandée par la Commune, qui préfère déléguer son service de ramassage d’ordure et procède par partenariats, avec des appels d’offre (comme le projet pilote de Fada N’Gourma). Toutefois, parfois, ces immiscions dans les prérogatives de la Communes ne se font pas sur demande. On remarque pourtant que les élus reçoivent plutôt bien ces initiatives, qu’ils jugent importantes pour la ville.

« Le secteur privé et les communes se complètent. (…) L’action de la mairie seule est insuffisante car elles (les communes d’arrondissements) n’ont pas de moyens pour fonctionner. » Y., conseillère municipale de Baskuy20


« La commune et les mairies d’arrondissements dont les moyens matériels et financiers sont modiques sont relayées par de nombreux opérateurs économiques du secteur formel comme informel. Leur intervention est positivement appréciée et est perçue comme un appui indispensable aux élus locaux. »21


On aperçoit également des coopérations entre acteurs institutionnels nationaux, régionaux et locaux. A Bobo-Dioulasso, par exemple, la Commune est soutenue par le CREPA, Centre Régional pour l’Eau Potable et l’Assainissement à faible coût, qui offre un appui technique très apprécié. En effet, des centres de collecte sont en cours de construction dans tous les secteurs de la ville, à l’aide de l’appui offert par le CREPA. Les élus considèrent que ce travail en commun avec le CREPA relève d’un partenariat. Le projet pilote de gestion concertée à Fada N’Gourma relève de la même logique de partenariat : les associations de femmes sont employées par la mairie.

Cependant, les relations entre acteurs sont parfois conflictuelles et traduisent de rapports de pouvoirs entre les institutions.


Des logiques de confrontation


Le principal acteur avec lequel les Communes sont en conflit larvé, est l’ONEA, Office Nationale de l’Eau et l’Assainissement. Ce service déconcentré de l’État intervient dans toutes les Communes du Burkina Faso pour appuyer les projets de collecte des déchets et d’assainissement. Il possède donc une expertise et des compétences techniques qui font souvent défaut aux municipalités. Des formations des élus locaux sont donc mises en place pour permettre à la municipalité d’acquérir son autonomie en matière de service des déchets. Cependant, les confrontations sont récurrentes entre l’organisme d’État et les élus locaux, qui se sentent mis à l’écart. En effet, l’ONEA a du mal à transférer ses compétences et à laisser les municipalités gérer seules la question des déchets. On voit bien une relation conflictuelle naître, qui met à mal l’œuvre décentralisatrice.


« Pour être en accord avec les TOD22, elle a mis sur pied, selon un des responsables, un comité de pilotage de ses réalisations avec sa tête le maire. Cela lui permet, en tous cas, pour l’extérieur, de présenter la commune comme le leader de toutes les actions en matière d’assainissement même si les aspects techniques sont en vérité le fait de l’ONEA. »23


Les responsables de l’ONEA expliquent que le transfert de prérogatives tarde du fait du manque de compétences des Communes. Cependant, cette façon de subordonner les élus locaux peut « créer des frustrations » et « tout particulièrement du maire qui pourrait alors apparaître comme une marionnette »24. En effet, la gestion des déchets est un enjeu essentiel pour les élus locaux et ils n’apprécient pas être dépossédés de cette charge, mais préfèrent faire l’objet de partenariats.


  1. Stratégies des acteurs locaux


Pour les élus, la gestion des déchets est un enjeu essentiel :

La gestion des déchets est, pour les élus locaux, un enjeu à la fois politique, économique et social. En effet, la capacité d’un élu à améliorer le service de déchets est un avantage quant à des élections futures. Les besoins des citadins sont grands dans ce domaine et les mesures prises sont visibles rapidement : une voie publique propre est donc un argument politique de poids pour briguer d’autres mandats.


« Il faut nettoyer pour que demain on sache qu’on ne vous a pas élue pour rien » Y.,

conseillère municipale à Baskuy25


De plus, les citadins s’organisent de plus en pour « exiger des autorités locales un minimum de bien être dans leur cadre de vie », ce qui ajoute une pression sur le dos des élus, dont la popularité dépend beaucoup de l’action en faveur de la salubrité de la ville.

La gestion des déchets est également un enjeu économique pour la ville toute entière. Face à un chômage très élevé dans la capitale comme à Bobo-Dioulasso et Fada N’Gourma, les projets de collecte et de recyclage permettent de créer des emplois26. C’est un objectif avéré des municipalités, qui voient dans ces entreprises, la possibilité de donner des emplois aux jeunes et aux femmes tout particulièrement, ainsi qu’au plus démunis. Le fait que des citadins pauvres acquièrent un revenu, ne fait qu’augmenter les capacités de développement de la ville. De plus, les déchets sont une ressource économique. En effet, ils peuvent être achetés par des agriculteurs des zones rurales proches, pour enrichir les terres cultivables et donc améliorer la productivité de l’économie rurale.

A cela s’ajoute de la part des municipalités, une quête perpétuelle des projets internationaux, financés notamment par le PNUD27 et la Banque Mondiale. Lorsqu’un projet de telle ampleur est organisé dans une ville donnée, c’est une source de formation professionnelle et de financements très importante pour la municipalité, condamnée à la diète par l’économie nationale.


Enfin, la gestion des déchets est un « enjeu social et de développement »28. En effet, mettre en place des services de collecte et de recyclage des déchets permet à la ville d’offrir un environnement propre et sain aux habitants, source de cohésion sociale et de développement. De plus, l’importance de l’image de la ville et du pays est essentielle dans les discours : l’attractivité est une justification de la mise en place d’une gestion des déchets efficace, dans un objectif de développement social et économique.


« Par- delà donc les enjeux de pouvoir ou purement électoralistes, l’assainissement vise à procurer aux populations un cadre de vie sain susceptible d’influer sur leur santé et leur productivité. »29


Les acteurs privés et associatifs :


Pour les acteurs associatifs, notamment les groupements de femmes et de jeunes, la gestion des déchets relève avant tout d’une préoccupation pour l’environnement de la ville. En effet, ce sont les femmes qui le plus au contact des ordures quotidiennement, du fait de leurs activités domestiques et elles sont très préoccupées par les enjeux que représente l’assainissement. De la même façon, les jeunes s’intéressent à la question des déchets du fait qu’ils veulent vivre dans un espace sain et dynamique. Ils sont généralement plus touchés que leurs aînés par les questions de santé publique, mais aussi par l’importance de l’attractivité économique de la ville.

Cependant, on remarque aussi un engagement stratégique en faveur de la gestion des déchets de la part de ces acteurs. La possibilité offerte par les associations ou la mairie d’avoir un emploi et un salaire sont très valorisantes pour ces acteurs. En effet, pour les femmes et les jeunes, qui n’ont pas d’assise sociale réelle, s’engager dans la gestion des déchets relève d’une légitimation d’un statut social.

Les femmes travaillant dans des associations, Lagem Yam à Ouagadougou ou encore celles de Fada N’Gourma, acquièrent une reconnaissance sociale et un statut valorisant, qu’elles n’ont pas lorsqu’elles se cantonnent aux tâches domestiques de la cour d’habitation. Même si leur travail est souvent considéré au départ comme répugnant, elles sont petit à petit reconnues et appréciées du voisinage qui reconnaît leur apport essentiel à la salubrité des rues :


« Au niveau de l'association, ce sont les femmes qui décident ; ni les hommes qui travaillent avec elles, ni leurs maris n'interviennent dans leurs prises de décision. Les femmes de l'association occupent la même position que les hommes au sein de leur foyer et dans la communauté, tout simplement parce qu'elles ont acquis un certain pouvoir économique, social, voire politique grâce à leur organisation, leur capacité et leurs activités. »30


Pour les entreprises privées, en revanche, le rapport aux déchets est essentiellement marchand. En effet, il s’agit surtout de savoir répondre à des appels d’offre des municipalités ou des projets urbains, et d’être concurrentiel. Le fait que certains conducteurs ne terminent pas toujours leurs trajets de collecte depuis les bacs de transfert jusqu’aux décharges, et jettent leurs déchets dans les marigots, montre que la préoccupation environnementale est secondaire…



  1. Illisibilité de la gestion et pluralité des normes


La gestion des déchets est donc partagée entre de multiples acteurs, tous régis par des conceptions différentes de leur travail et des objectifs stratégiques différents : Qu’il s’agisse d’une stratégie de légitimation de l’action politique pour les élus, d’une recherche de reconnaissance sociale pour les femmes des associations, d’un apport économique pour les entreprises privées, tous ces acteurs répondent à une vision particulière de la gestion des déchets. Ces pratiques ce superposent sans forcément d’unité institutionnelle ce qui montre le manque de structuration du secteur des déchets. De plus, on observe un décalage notable entre les pratiques et les discours des différents acteurs, ce qui ajoute au manque de lisibilité de l’action urbaine.


  1. Une joyeuse anarchie


La juxtaposition des modes de gestion

Dans les trois villes étudiées ici, la Commune est théoriquement l’institution en charge de la gestion des déchets. C’est en effet à elle qu’incombe le ramassage des ordures selon les textes de la réforme des institutions décentralisées du milieu des années 1990. Parmi les neuf domaines de compétence attribués par l’État31, la gestion des déchets est une prérogative transférée à la commune. Celle-ci met d’ailleurs en place une collecte des ordures dans les trois villes citées. Les déficiences qui caractérisent cette gestion, qui couvre moins de la moitié de la production de déchets à Bobo-Dioulasso comme à Ouagadougou, entrainent une multiplication anarchique d’acteurs dans le domaine, qui ne coordonnent que très rarement leurs actions.

En effet, on assiste à la naissance de collectes par secteurs, parfois sur des secteurs déjà plus ou moins couverts par la Commune. Hormis les projets qui mettent en place des partenariats entre ces acteurs (comme à Fada N’Gourma), aucune structuration du secteur n’est observable. Cette juxtaposition des modes de gestions, caractérisée par la multiplicité des types d’acteurs et de leurs fonctionnements, ne permet pas une uniformisation de la gestion. Certains secteurs, en particulier dans les centres ville comme à Ouagadougou, voient de multiples possibilités s’offrir à eux : soit par des entreprises privées, des associations, ou par la gestion classique communale. D’autres secteurs, à l’inverse, se voient totalement démunis.

A Bobo-Dioulasso, en 1996, la collecte par tous les services présents (entreprises, association, services communaux) permettait la collecte de 79 000 m3 de déchets par an, alors que la production annuelle de la ville s’élève à 295 000 m3 (soit 0,68m3 par personne et par an). Cela représente donc une couverture de seulement 27 % de la ville. Ainsi, 73% de la production d’ordure restent en ville sous forme dépôts sauvages32.

Les déficiences de la Commune ne sont pas analysées et ciblées pour être palliées par d’autres modes de gestion, ce qui ne permet pas une rationalisation spatiale des collectes. De fait, le manque de structuration de la gestion des déchets pérennise une situation alarmante, alors que l’intervention de nouveaux acteurs pourrait permettre de l’améliorer.


« Tout le monde fait n’importe quoi »33


De plus, les pratiques même des différents acteurs de la gestion des déchets sont à remettre en question. En effet, si la collecte est assurée par endroits, la destination des déchets n’est pas toujours celle prévue. A la fois les organismes privés, informels et publics ne respectent pas nécessairement les objectifs de la collecte.


« La concertation fait cruellement défaut entre les différents intervenants. Les sociétés de vidange (10 au plus) ne se concertent pas et chacune dépose les excrétas dans les dépotoirs de son choix. Il en va de même des acteurs du secteur informel et du secteur formel qui, avec des moyens archaïques comme les charrettes, déversent n’importe où les ordures ménagères ou vident de manière artisanale les fosses des ménages dans la rue. L’anarchie est effective, et les communes n’arrivent pas à discipliner les résidents et les collecteurs d’ordures. »34


Ainsi, même lorsqu’ils sont collectés, les déchets ne sont pas forcément envoyés dans les bennes et les décharges prévues à cet effet : Les camions ne vont pas jusqu’aux déchargent, les charrettes ne sont pas adaptées pour déposer les déchets dans les bacs, alors les ordures sont déversées dans des dépôts sauvages :


« Les déchets liquides, mais surtout les déchets solides sont déversés n’importe où dans des dépôts sauvages, et sont causes de nombreuses maladies dont celles d’origine hydrique. Elles sont également sources de conflits entre les « déposeurs » et les populations riveraines ainsi qu’avec les élus locaux qui sont constamment sollicités pour des arbitrages. »35


  1. Décalages entre discours et pratiques.


La gestion a beau être une préoccupation pour la majorité des citadins comme des élus, on observe que leurs pratiques quotidiennes ne se conforment pas aux discours.


Les parcours houleux de l’information

L. Albigès constate, dans le cadre du « projet pilote » de gestion des déchets à Fada N’Gourma, que l’on peut distinguer plusieurs formes de discours à propos de la salubrité de la ville. Les bailleurs de fonds, qui financent et organisent un appui institutionnel des organismes administratifs locaux, transmettent des « discours hygiénistes »36 comme credo de la gestion des déchets et de l’assainissement à Fada N’Gourma. L’information est ensuite transmise aux associations en charge de la collecte, qui la transmettent donc aux ménages abonnés au service.

En réalité, l’information sur la salubrité de la ville suit, selon L. Albigès, un parcours similaire au « téléphone arabe » dans le sens ou chaque stade de transmission, que ce soit les institutions communales ou les associations, modifient et se réapproprient le discours initial. Cette réappropriation de l’information se fait en parallèle des pratiques des acteurs, qui changent finalement très peu. Aussi, si les bailleurs de fonds développent un « discours hygiéniste » et des « pratiques hygiénistes », les institutions communales, reproduisent le « discours hygiéniste » de manière formelle et le transmettent aux acteurs de la collecte. De la même manière, par le biais des associations en charge de la collecte, les usagers se réapproprient les grands slogans des bailleurs, sans pour autant changer de conceptions et de pratiques en matière de déchets.

Aussi, les discours formels des usagers des services sont en décalage complet avec les pratiques de la grande majorité de la population fadalaise. Les associations ainsi que les ménages gardent une approche rurale de la gestion des déchets.

Cette pluralité des normes, présente dans les trois villes, est accentuée à Fada N’Gourma, par l’intervention d’un « discours hygiéniste » venu des organismes de coopération internationale37.


Des programmes théoriques décalés des applications pratiques

De plus, si les ménages et les acteurs associatifs ne changent pas leurs pratiques, L. Albigès souligne que « les perceptions des acteurs institutionnels n’ont pas radicalement changé » non plus. Les programmes conçus et les discours sur la question des déchets « ont été formellement appropriés et coexistent avec une persistance pratique des conceptions habituelles », même chez les employés municipaux et les élus, qui, dans le cas de Fada N’Gourma, sont souvent issus de familles paysannes et reproduisent leurs pratiques culturelles.

L. Albigès explique donc que les institutions communales de Fada N’Gourma, comme l’EPDC, ont parfois besoin d’un rapport38 leur indiquant des dysfonctionnements, pour que les administrateurs locaux remarquent la présence de ces dysfonctionnement. En effet, leurs conceptions personnelles ne leur permettent parfois pas de faire le lien…

Ainsi, on observe deux réalités parallèles : celle des programmes, des textes et des discours qui s’oppose aux pratiques mises réellement en œuvre. Les deux schémas ci-dessous montrent bien ce décalage39 (qui ne résulte donc pas uniquement d’un manque de moyens) :


Schéma 1 : Circuit idéal des déchets selon le transporteur et le moyen de transport



Schéma 2 : Circuit réel des déchets selon le transporteur et le moyen de transport

Il apparaît donc, dans la majorité des cas, notamment à Bobo-Dioulasso, que la gestion des déchets est globalement un échec. Les responsabilités sont multiples : il y a évidemment les manques de moyens chroniques des municipalités, les habitudes des usagers, les pannes de camions-bennes etc. Pourtant, ce qu’il est important de noter, c’est que, malgré ce peu de moyens, la gestion des déchets, avec les différents acteurs qu’elle implique, pourrait être plus efficace, si elle devenait plus rationnelle. Il sera donc intéressant, dans un troisième chapitre, de comprendre les enjeux plus globaux que contient la réflexion sur les déchets urbains, et de proposer des perspectives à son amélioration.



1 BOUJU (J.), OUATTARA (F.), Une anthropologie politique de la fange : La souillure de la ville par les eaux usées et les excrétas à Ouagadougou & Bobo-Dioulasso (Burkina Faso), SHADYC-Marseille & GRIL-Ouagadougou, Action de Recherche N°4, 2002

2 Ibidem

3 Ibid.

4 JAGLIN (S.), Gestion urbaine partagée à Ouagadougou ; Pouvoirs et périphéries (1983-1991), Karthala et Orstam, Paris, 1995

5 A Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, les activités économiques sont plus importantes et la pollution vient aussi et surtout des entreprises ou des hôpitaux…

6 ALBIGES (L.), Gestion des déchets et assainissement à Fada N’Gourma : deux réalités, un récit., mémoire de master 2, Université de Aix-Marseille, 2007

7 Bac à ordures situé dans la cour d’habitation. C’est un terme mossi qui symbolise l’abondance et la fertilité.

8 S’il n’y a pas de bacs dans un secteur, il est demandé de déposer les ordures dans des espaces vides où viennent ensuite les camion de collecte.

9 BOUJU (J.), OUATTARA (F.), Une anthropologie politique de la fange : La souillure de la ville par les eaux usées et les excrétas à Ouagadougou & Bobo-Dioulasso (Burkina Faso), SHADYC-Marseille & GRIL-Ouagadougou, Action de Recherche N°4, 2002

10 Ibidem

11 L’un des trois services techniques municipaux avec le Service d’hygiène et la Direction de l’Action Sociale, de la Santé et de l’Education (DASSE)

12 Shadyc…

13 Ibid.

14 Ibid.

15 Etablissement public communal pour le développement

16 Ce sont majoritairement des femmes qui travaillent dans ce secteur. Seuls deux hommes font partie de l’APJ, ils ne s’occupent en réalité que de ramasser les tas d’ordures que font les femmes en balayant et de les amener dans une décharge sauvage.

17 « les charrettes et les ânes ont été à moitié des dons du projet, elles ont remboursé l’autre moitié » L. Albigès

18 Mes dernières informations les concernant datent de 2002…

19 A raison de 0,65kg de déchets produits par habitant et par jour selon le Ministère de l’Environnement et de l’Eau : stratégie nationale du sous-secteur de l’assainissement au Burkina Faso, 1996.

20 BOUJU (J.), OUATTARA (F.), Une anthropologie politique de la fange : La souillure de la ville par les eaux usées et les excrétas à Ouagadougou & Bobo-Dioulasso (Burkina Faso), SHADYC-Marseille & GRIL-Ouagadougou, Action de Recherche N°4, 2002

21 Ibidem

22 Textes d’orientation de la décentralisation

23Ibid.

24Ibid.

25 Ibid.

26 Le politique et l’économique sont liés : « procurer un emploi ou une occupation génératrice de revenus à des citoyens peut inciter ces derniers », lors d’élections municipales, à voter pour les candidats dont l’action à été visible dans ce domaine. Ibid.

27 Programme des Nations Unies pour le Développement

28 BOUJU (J.), OUATTARA (F.), Une anthropologie politique de la fange : La souillure de la ville par les eaux usées et les excrétas à Ouagadougou & Bobo-Dioulasso (Burkina Faso), SHADYC-Marseille & GRIL-Ouagadougou, Action de Recherche N°4, 2002

29 Ibidem

30 TALL-KAREMBEGA (K.), Pouvoir des Femmes et Gestion de L’Environnement : Programme de gestion des transformations sociales, UNESCO : Découvertes du Burkina, Ouagadougou, 2002

31 l’environnement et la gestion des ressources naturelles ; la santé, la population et l’action sociale ; la jeunesse, les sports et les loisirs ; la culture ; l’éducation, l’alphabétisation, la promotion des langues nationales et la formation professionnelle ; la planification ; l’aménagement du territoire ; l’urbanisme et l’habitat.

(L. Albigès)

32 BOUJU (J.), OUATTARA (F.), Une anthropologie politique de la fange : La souillure de la ville par les eaux usées et les excrétas à Ouagadougou & Bobo-Dioulasso (Burkina Faso), SHADYC-Marseille & GRIL-Ouagadougou, Action de Recherche N°4, 2002

33 SHADYC

34 Ibidem

35 Ibid.

36 Au sens des discours sur la salubrité des ville du XIXème siècle

37 CHAUVEAU, J-P., LE PAPE, M., OLIVIER DE SARDAN, J-P., La pluralité des normes et leurs dynamiques en Afrique : implications pour les politiques publiques ; dans : WINTER G. (coord.), Inégalités et politiques publiques en Afrique : Pluralité des normes et jeux d’acteurs, Karthala-IRD, 2001

38 de la part des institutions nationales ou internationales en charge de superviser le projet pilote de gestion des déchets.

39 ALBIGES (L.), Gestion des déchets et assainissement à Fada N’Gourma : deux réalités, un récit., mémoire de master 2, Université de Aix-Marseille, 2007